









On aurait ete decues de quitter le Laos sans notre petite aventure des derniers jours. Nous avons maintenant pris des habitudes de luxe et nous voulons notre petite epopee, toute mesure gardee, avant de quitter chaque pays. Nous etions parties pour un petit trajet de routine cense durer 8 heures pour une distance de 200 kilometres, mais c'etait sans compter sur les petites surprises que reserve tout trajet au Laos. La journee s'annonce riche en aventures:
-7h30: Jusque la tout va bien, on achete des tickets de bus a Luang Nam Tha pour Houexay, ville frontaliere avec la Thailande.
-9h: Heure prevue pour le depart,mais le bus n'est pas encore plein. Il faut encore attendre: rien de nouveau!
- 9h45: On demarre. Quelques rizieres vertes et nous voila plongees pour la journee en plein coeur de la jungle sur des routes sinueuses de montagne. Le paysage magnifique nous laisse oublier les bosses et les trous d'une route pas encore goudronnee. Precisement, c'est la que le bas blesse. Si la route n'est pas encore faite, ils sont en train de la faire...
-10h45: Le bus s'arrete pour cause de travaux. Alors qu'il existe encore un passage possible a cote des tas de sable, notre surprise et notre amusement sont grands de voir debarquer une huitaine de semi-remorques venant deverser devant nous sable et gravier, ce qui finit de bloquer le passage. La, on est foutues! Mais le mieux, c'est lorsqu'une jeep croit qu'elle peut escalader la montagne de sable. Elle se fourre les pneus dans le sable, surtout que personne ne fait rien pour la debloquer.
Quelques touristes finissent par prendre les devants et degagent la jeep. Reste encore a attendre le tracto-pelle pour applatir la route.
-11h30: Petit passage delicat qui montre que les chauffeurs laos n'ont pas eu leur permis de conduire dans une pochette surprise. Il fallait etre fort pour faire se croiser deux semi-remorques et deux bus dans un virage serre au dessus d'un a-pic. Ils l'ont fait!
-12h: Une charmante laotienne casquee agite un petit drapeau rouge devant nous et nous fait patienter en nous comblant de sourires le temps qu'on degage les arbres qui bloquent la route.
-13h: Ca y est, on semblait etre lances et le chauffeur le croyait peut etre un peu trop. Souvent le chauffeur joue a ''ca passe ou ca casse'', mais la, pas de doute, ca a casse! Nous foncons droit sur un camion dans un passage etroit qui mene a un gue. En quelques secondes on passe des yeux equarquilles aux cris puis a la panique. Choc frontal et brutal. C'est dans la precipitation que tout le monde tente de sortir du bus. On n' a pas compris pourquoi, mais l'on suit gentiement. Le colossal voisin d'Isabelle saute meme par la fenetre sans lui proposer une quelconque aide. Ca vaut bien la peine d'avoir un Musclor a cote de soi! Si ca fait tourner la langue des touristes, les Laos n'ont pas l'air plus inquiet que ca et ajoutent a leur bus une nouvelle reparation de fortune pendant qu'un Israelien les soutient en gratouillant sa guitare. On ne sait pas si ca a fait avancer le schmilblic, mais en tous cas on redemarre.
-15h: Nouvel arret, cette fois la route est completement encombree par la montagne de sable et de cailloux et ce n'est pas pret de s'arreter puisque les camions au dessus de nous n'en finissent pas de deverser la terre. On commence deja a regarder sous quel arbre on va passer la nuit, car la, on voit mal comment on va pouvoir se frayer un chemin. Une fois encore, ca n'inquiete que nous, car au bout d'une demi-heure le tracto-pelle nous ouvre la voie.
-16h30: C'est qu'on commence a avoir faim avec tout ca, car si on s'est deja arretes quatre fois, evidemment c'etait jamais dans des villages... Une nouvelle fois, on se demande quel probleme est encore arrive, mais cette fois-ci, c'est une bonne surprise: le dejeuner. On n'y croyait plus! Mais ce n'est pas encore gagne, encore faut-il qu'il reste de la nouriture. On crie victoire quand on reussit a degoter une assiette de sticky rice.
-crepuscule: Pendant une heure et demi on ne s'arrete plus, mais desormais le probleme est d'un autre ordre: on ne respire plus! Le bus est envahi par une epaisse couche de poussiere. On a beau etre toutes fenetres fermees, l'odeur est irrespirable. Le car se transforme alors en une caravane saharienne en pleine tempete de sable: tout est bon pour s'emmitoufler. C'est encore toutes orange et poussiereuses que nous admirons les montagnes a la lumiere du crepuscule.
-18h30: On commencait a s'ennuyer, mais heureusement un nouvel arret redonne le rythme. Cette fois ci rien de grave,il s'agit juste du moteur. En effet, on roule depuis le matin en premiere,celui ci n'a pas du apprecier...On peut encore remercier Musclor car sans lui et sa lampe de poche,on y serait encore. Il fait maintenant nuit noire et on est bien content de profiter d'un feu de bambou que fait un Lao en pleine jungle. Si Sophie a echappe a une pierre lancee par un singe en Chine, Isabelle a un serpent tombe d'un arbre, c'est autour de Claire d'echapper a une grosse braise de bambou qui explose tout pres d'elle.
-20h: Alors qu'on est maintenant bien lances, on est obliges d'attendre le bus avec lequel on est en convoi depuis le debut de la journee,qui a lui-meme des problemes. Plus d'essence et une batterie faible,la routine quoi!
-minuit: On vous passe les mini-arrets. Nous arrivons a la gare de Houexai a 8km de la ville. Il nous faut encore une demi heure de palabre pour decoller de la gare, trouver un tuk-tuk, et atterrir dans le centre ville.
-00h45 : On arpente les hotels pour negocier une chambre, et apres avoir reveille trois guesthouses, on trouve la bonne.
-1h30: On profite des restes d'un mariage pres de l'hotel pour se sustenter un peu.
-2h00: Decrassage bien merite dans la douche.
-2h30 : On tombe dans les bras de Morphee.
SNCF, "A nous de vous faire preferer le train" qu'y disent en France...
Tout ca pour traverser un petit bras du Mekong qui nous separe de la Thailande.